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Musées et collections publiques (suite)

17 Janvier 2013, 11:31am

Publié par Le proprio

Après le rapport sénatorial tentant de dresser l'état des lieux des musées français, jetons un oeil sur le rapport de la "commission de récolement des dépôts d'oeuvres d'art", qui a d'abord travaillé de 1997 à 2007..

Au départ, la mission confiée à cette... commission n’avait pas pour objet de procéder au récolement de l’ensemble des collections nationales – ce qui eut nécessité des moyens dont elle ne disposait pas - mais se limitait au récolement des « seuls » dépôts d’oeuvres d’art consentis, entre autres, par le ministère de la culture, les musées nationaux, le mobilier national et le Fonds National d’Art Contemporain au profit d'autres lieux publics.

La commission inter ministérielle dirigée par Jean-Pierre Bady, alors conseiller à la cour des comptes, a matériellement travaillé sur les lieux de dépôt et a à cette occasion découvert des conditions de stockage souvent inadaptées. Mais son objectif étant le récolement, il fallait, avant de pouvoir contrôler la concordance inventaire/réalité, disposer desdits inventaires. Or, ceux-ci de sont révélés au mieux antiques ou souvent inexistants alors même qu'un inventaire fiable du patrimoine artistique et mobilier très imposant de la France est pourtant la première étape de sa préservation.

Pour commencer, la commission a donc élaboré une organisation normalisée (dépôt et procédure administrative) de gestion des collections publiques, accompagnée de la publication d'un guide du dépositaire.

Mais le gros du travail consistait à recenser les oeuvres déposées à droite et à gauche. En effet, comment avoir la certitude qu'un bien ait été détruit par négligence ou dérobé par un fonctionnaire indélicat, si l'on ignore d'emblée où elle est censée être rangée? Et comment engager une politique de conservation et de restauration sans un fichier exploitable? L"élaboration de cette politique à long terme était le but ultime de cette démarche.

Si de nombreuses oeuvres n'ont purement et simplement pas été vues, d'autres, malheureusement plus rares, ont été retrouvées, tel ce tableau de Domenico Zampieri, dit le Dominiquin, La Vierge et l’Enfant avec saint François d’Assise.

Ce travail de bénédictin (cette fois-ci!) a abouti, outre à répertorier les biens "non localisés", à acter la destruction de certaines oeuvres (pour ce dernier cas, surtout par effet des guerres) ou leur vol. Ainsi, la commission a émise plus d'un millier de demandes de plaintes, dont quelques unes ont abouti à une action publique, les procureurs ayant été sensibilisés à ce problème. Etant précisé que les demandes de plaintes ne concernaient que des biens d'une "valeur artistique majeure".

Pour illustrer les possibilités de rapine, disons qu'un vol peut être facilité par le fait qu'un bien ait été déposé en une ambassade, donc à l'étranger. Il existe également le phénomène dit de "glissement" consistant en un dépôt d'un bien d'une collection à une administration, puis des bureaux à la cave et de la cave à un commerçant du marché de l'art. En cette tâche, l'Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels (OCBC) a joué un rôle important.

De manière plus générale, la tâche colossale de cette commission n'étant bien sûr pas achevée par manque de moyens et de temps, celle-ci a été légalement pérennisée. Quoique dix ans... Ainsi la France s'est-elle dotée tardivement d'un outil durable de connaissance du patrimoine artistique national. L'ambition de décloisonner les grandes administrations dépositaires semble avoir été plutôt suivie, bien que l'essentiel du rôle de la commission restait avant tout de répertorier et localiser physiquement les oeuvres existantes. Ce récolement a été établi en regardant vers le futur, car devant servir dans les décennies à venir comme base de prochains récolements. Rendez-vous donc dans cinquante ans!

Pour plus d'informations, je vous invite à consulter la page dédiée, sur le site du ministère de la culture:

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Ministere/Les-services-rattaches-a-la-Ministre/La-commission-de-recolement-des-depots-d-oeuvres-d-art

A l'occasion du dernier rapport, pour l'année 2011, la commission demandait une cohérence des bases de données de gestion des collections de biens culturels. Elle attendait également la mise en place d'une base numérisée... Ce n'est pas trop tôt! Quant au dépôt des plaintes judiciaires, leur suivi lui était fort difficile. Enfin, le musée de la manufacture de Sèvres semblait peiner le plus, et de façon récurrente, en raison de la taille de ses collections et du manque de personnelles.

Pour résumer: il y a encore du pain sur la planche!

Dominiquin - Vierge et l'Enfant avec Saint-François d'assise

Dominiquin - Vierge et l'Enfant avec Saint-François d'assise

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