Le prix d'une œuvre d'art 4 – Le rôle des maisons de ventes
Autres intermédiaires dans la commercialisation des œuvres d'art, les maisons de ventes publiques jouent un rôle essentiel dans l'économie de l'art et la détermination du prix des oeuvres d'art.
Bien que certains artistes – ou leurs héritiers à l'occasion de ventes d'ateliers – proposent par le biais de ventes aux enchères la vente d’œuvres inédites, le fonds de commerce des maisons de ventes volontaires est la vente de biens de seconde main. Tout comme les ventes aux enchères suite aux liquidations d'entreprises, qui constituent un élément de revenus majeur d'une partie de la profession sous le titre légal de « commissaire-priseur judicaire », la vente par adjudication permet aux biens artistiques et aux antiquités de connaître une seconde vie.
Ceci a pour conséquence de sauver de la déchetterie des biens d'a priori peu d'intérêt, et, bien sûr, de suivre le destin économique d'une œuvre.
Entre les hauts et les bas naturels d'une cote au fil des ans, les commissaires priseurs peuvent maîtriser quelques facteurs pour tirer le meilleur prix, et donc la meilleure commission, d'un bien. Il existe, en effet, un véritable marketing des maisons de ventes.
Les ventes étant publiques, il convient évidemment de posséder une salle facile d'accès, tant pour la vente que pour les expositions préalables. Cela peut paraître trivial, mais faire venir le chaland ou le curieux reste une règle de base de tout commerce.
De même quant à la constitution d'un fichier clients, essentiel pour faire connaître une ou plusieurs ventes à venir. Ce n'est rien moins qu'un prospectus ou un catalogue publicitaire, plus ou moins luxueux, bien que certaines maisons – allez savoir pourquoi – ne mentionnent pas les estimations ou mêmes les mises à prix !
Les commissaires priseurs étant des généralistes de l'art et des antiquités, il leur est parfois nécessaire de consulter un expert par soucis d'exactitude et de responsabilité professionnelle. Mais le choix d'un expert de renom est une valeur supplémentaire lors de ventes de prestiges ou de ventes de biens souvent contrefaits (œuvres de l'avant-garde russe, par exemple).
Les ventes thématiques sont également une façon de rameuter les collectionneurs pointus, qui éviteront ainsi de devoir éparpiller leurs recherches et pourront casser à coup sûr leurs tirelires.
Notons que, lorsqu'un bien a du mal à trouver preneur, les commissaires priseurs peuvent, paradoxalement, soutenir la valeur d'un bien en abaissant le prix de mise en vente, évitant ainsi le pire : le bien non vendu.
Et n'oublions pas le decorum de la vente aux enchères : le public, le talent d'orateur et d'animateur commercial du commissaire priseur, le marteau etc...
Pour ce qui est des collectionneurs les plus fortunés, il s'agit évidemment de les soigner tout particulièrement au moyen, pour les grandes maisons, de services spécialisés et multilingues, de salons particuliers et d'une disponibilité sans limites.
La quasi totalité de ces techniques commerciales sont valables dans THE nouveauté pour les maisons de ventes françaises : l'officialisation de la vente négociée privée. Croyez le ou non : en France, ce beau pays, référence mondiale absolue du progrès et de l'innovation, les commissaires priseurs n'ont le droit d'organiser des ventes privées de gré à gré que depuis le 1er septembre (roulements de tambours) 2011 ! Ce retard institutionnalisé de la France obligeait les grandes maisons de vente mondiales à passer par leurs filiales étrangères pour effectuer des ventes privées... Ceci est d'autant plus étonnant que la négociation et donc le commissionnement étaient autorisés et pratiqués dans tous les autres commerces, à commencer par, disons, les agents immobiliers ou... les commissaires priseurs, qui vivent de commissions !
Les propriétaires d’œuvres peuvent à présent et enfin vendre dans la discrétion et les acheteurs confier leurs recherches à un professionnel disposant de son réseau.
Certes, ces ventes de gré à gré n'étant pas publiques, les prix ne le sont pas non plus et la cote réelle est plus difficile à connaître, mais il n'en va pas différemment des reventes effectuées pas les marchands d'art exerçant sur le second marché.
A bientôt et, en attendant, un petit lien vers une série documentaire intéressante d'Arte à revoir en VOD : http://www.arte.tv/fr/commissaires-priseurs/7057764.html.
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