Banques de prix et statistiques
S'il peut paraître trivial de le dire; il faut reconnaître qu'une oeuvre d'art est aussi une marchandise. Et l'entrée d'un bien dans le circuit économique dépend de son prix ou, plus généralement, sa valeur.
Facteur décisif s'il en est, celui-ci dépend de deux variables :
- la capacité financière de l'acquéreur, soit l'investissement maximal possible;
- tempérée par son montant relatif, c'est-à-dire la valeur que le marché attribue à l'oeuvre. Cette dernière variable peut être entièrement éludée si les finances de l'acheteur dépassent de loin le coût du bien et s'il s'agit d'un achat impulsif ou d'un coup de coeur. En effet, l'oeuvre d'art a ceci de différent d'une marchandise de consommation qu'elle repose souvent sur des stimulus esthétiques ou culturelles, qui mettent de côté toute considération objective, telle que l'utilité.
Mais quand l'acquéreur garde la tête froide, comment fixe-t-il sa limite financière?
A notre sens, deux situations se rencontrent.
Soit l'achat obéit à une démarche esthétique ou intellectuelle et l'amateur chiffre alors arbitrairement son plaisir. Soit il recherche un placement et donc évalue la plus-value que son investissement est susceptible de lui rapporter au terme qu'il s'est fixé. Ces raisonnements ne s'excluant nullement.
Dans le cas d'une vision financière de l'achat, comment appréhender la valeur et l'évolution de la cote de l'artiste?
Un collectionneur éclairé pourra suivre lui-mêm l'évolution de quelques artistes, leur renommée et l'originalité de leur production ainsi que la mode.
Une autre solution consiste à utiliser les outils proposés par les nombreuses banques de données compilant les résultats de ventes (malheureusement uniquement aux enchères) et en tirant des statistiques globales ou la cote de chaque artiste. Nous pouvons citer ainsi www.akoun.com, www.artprice.com ou encore www.arcadja.com.
Ces services payants peuvent aussi constituer de précieux outils pour les vendeurs professionnels (galeristes, antiquaires) et pour les artistes (droit de suite ou question d'ego!). Les commissaires-priseurs n'étant pas les derniers à utiliser ces bases de prix.
Mais un problème sérieux nous semble surgir : ces banques de données ne vont-elles pas avoir pour effet pervers de tasser les prix, les acquéreurs particuliers ou professionnels refusant de s'écarter des prix habituels et de payer plus que les autres?
Autrement dit, le risque serait d'étouffer la spéculation naturelle et de geler partiellement le marché de l'art, empêchant l'évolution, vers le haut et même vers le bas, de la cote des artistes. Et l'on imagine que ce phénomène serait encore accru pour les oeuvres de défunts, qui ne peuvent logiquement plus enrichir leur production ou changer de style.
Bien entendu, vos réactions sont attendues.
PS : pour les personnes qui seraient outrées par ces considérations vulgairement économiques (!), rappelons que l'art dépend de l'argent tant pour faire vivre les artistes que pour permettre un mouvement continu de brassage des oeuvres passées et présentes, au plus grands plaisirs des curieux et passionnés.
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