Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
lartetnous.overblog.com

Les contradictions du collectionneur

6 Janvier 2013, 22:26pm

Publié par Le proprio

Aujourd'hui, nous prendrons pour base un très bon article de Judith Benhamou-Huet paru il y a exactement un an dans Les Echos, intitulé "Olivier Diaz, collectionneur idéaliste" (http://bourse.lesechos.fr/une/olivier-diaz-collectionneur-idealiste-398621.php).

Cet article souligne, entre autres, les contradictions du collectionneur d'art.

Des propos de l'amateur Olivier Diaz ressort cette phrase : "Pour moi, l'art est fait pour le public bien plus que pour une collection privée." Plus loin, il ajoute que le public ne doit pas être privé des grandes pièces. Effectivement, si des amateurs richissimes prêtent leurs oeuvres le temps d'une exposition ou même créent leurs propres musées, combien d'oeuvres ne sont plus admirées à leurs justes valeurs? Sans compter les merveilles que l'on imagine dormir dans les réserves des musées ou, pire, chez un receleur.

Mais voilà, le droit de propriété, qui n'est qu'une reconnaissance juridique de l'appropriation, offre une jouissance exclusive sur un bien donné. Le propriétaire possessif et jaloux d'une oeuvre d'art est donc inattaquable. Sauf, peut-être, si l'oeuvre est ignorée voire archivée par ce dernier. Phénomène que Maître Diaz, pragmatiquement, résume en cette formule "[...] on ne peut pas nier que l'habitude tue le regard [...]"

Considérant sa nature quelque part universelle et la lassitude inévitable, une oeuvre d'art devrait idéalement circuler au maximum. Mais là surgit implacablement le paradoxe de nombreux collectionneurs d'art, qui veulent posséder une oeuvre et en jouir à leur guise, tout en souhaitant l'exposer aux yeux de tous, que ce soit par pure générosité ou par snobisme.

Cependant, reconnaissons que pour ces passionnés, qui ressentent régulièrement cette frustration, l'achat d'oeuvres d'art peut avoir d'autres motivations que l'admiration et le partage. Ainsi, quand l'on est hors du monde artistique, "acheter est l'une des seules manières de participer à la vie de l'art". De plus, l'acquisition peut être l'occasion de rencontrer les auteurs et de profiter de leurs points de vue ou de leur érudition.

Alors, comment concilier ces deux envies? La création d'une galerie privée sur le web atteindrait vite ses limites. Monter des musées privés dans lesquels les possesseurs dévoileraient leurs collections à tour de rôle paraîtrait tentant, mais alors ne parlons-pas du modèle économique! Pas de solution pleinement satisfaisante donc.

Désespérés, laissons donc à Monsieur Diaz le dernier mot : "La possession de l'art, c'est diabolique. C'est la société de consommation. Et puis, c'est absurde car les oeuvres, avant même de les acheter, je les ai déjà dans la tête."

Théodore Gardère - Le Peintre-collectionneur Théodore Gardère  - Musée des beaux-arts Bordeaux

Théodore Gardère - Le Peintre-collectionneur Théodore Gardère - Musée des beaux-arts Bordeaux

Commenter cet article