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Le prix d'une œuvre d'art 7 et fin !

23 Mars 2013, 15:38pm

Publié par Le proprio

Nous l'avons vu précédemment : de nombreux intervenants participent au marché de l'art et influent les prix chacun à leur niveau, sans compter l’œuvre elle-même par son état ou sa rareté, par exemple.

Pourtant, malgré la multiplicité de ces variables, certains prix sont stables.

Il en va ainsi pour les créations « mineures » c'est-à-dire mal exécutées, peu novatrices ou injustement passées inaperçues et qui, donc, resteront à jamais dans l'ombre. De même pour les artistes « mineurs », qui n'ont pas eu l'ambition de devenir célèbres ou bien ont mal ou malencontreusement assuré leur promotion. Cet anonymat aura pour effet de voir la valeur des œuvres stagner à quelques dizaines d'euros, quelques centaines, au mieux.

Reste aussi le cas d'artistes appréciés de quelques connaisseurs ou à un niveau régional, alors leurs œuvres stagneront à une cote moins vexante mais sans possibilité de progression.

Et ainsi pour chaque degré de reconnaissance.

Pour un artiste, et d'autant plus s'il est décédé, il y a peu de chances de voir ses créations sortir du lot. Beaucoup de production pour peu de place au soleil. La réalité économique, c'est un peu le principe de l’évolution adapté à la création artistique : ce n'est pas forcément le plus joli qui l'emporte, mais le meilleur, comprenez le plus efficace.

Quelques facteurs jouent cependant en faveur de mouvements dans l'échelle des prix.

La mode, bien entendu, par un effet rebond (ce qui est en bas remontera mécaniquement un jour) ou par le truchement d'une exposition ou d'un film. Voyez en cela le travail de l'illustrateur canadien John Howe, rendu encore plus populaire par la sortie des films basés sur l’œuvre de Tolkien.

Un autre facteur, à effet plus durable, est la parution d'un catalogue raisonné, pièce essentielle pour l'inventaire général et l'authentification d'une œuvre, qui officialisera l'entrée de l'auteur parmi les artistes « bankables ».

Une reconnaissance graduelle peut naître aussi de l'intérêt qu'un collectionneur renommé peut porter à un artiste en particulier, raréfiant l'offre sur le marché tout en y braquant un projecteur.

Citons enfin le cas d'artistes connus profitant de l'épuisement de l'offre de qualité sur un créneau particulier. Ainsi pour le prolifique peintre de paysages vénitiens Félix Ziem, dont la cote a fortement progressé ces toutes dernières années, atteignant un niveau assez élevé, probablement définitivement.

Rares, cependant, sont les artistes tirés à jamais de l'ignorance ou de l'oubli dans lequel ils étaient tombé. Certes, Vermeer, qui cédait ses œuvres à un prix correct, avait sombré dans l'inconnu pendant les siècles suivants. Mais toute œuvre n'a pas cette chance...

Quant aux prix sommitaux, ils peuvent être également le reflet d'une mode comme celle, passée, de l'impressionnisme, dont les prix demeurent toute de même relativement élevés dans les grandes signatures. Pour d'autres grands maîtres, le seul fait que les pièces privées soient rarissimes suffisent (ou suffiraient) à enfler les prix. Imaginez la mise en vente d'un de Vinci !

Mais le jeu des records est à relativiser.

D'une part, en raisonnant en monnaie constante, les prix passés peuvent êtres supérieurs aux actuels par le jeu de l'érosion monétaire. D'autre part, il convient également de tenir compte du fait que l'art a longtemps été uniquement un marqueur de réussite social, avant d'être un pur moyen d'investissement. De plus, le nombre de collectionneurs fortunés progresse - et donc la concurrence entre eux - tant mécaniquement par l'augmentation de la population mondiale qu'en raison du gonflement du volume commercial et financier global par l'intensification des ressources naturelles. Dès lors, l'appréciation de l'art est inévitable.

Enfin, il s'agit de rappeler qu'il existe en réalité une infinité de marchés de l'art et toutes ces niches ne sont pas concernées par des valeurs en progression constante.

D'aucuns verront dans les records les plus médiatisés une insulte à la bonne morale et une spéculation impie. Mais, par nature, le marché de l'art se nourrit d'excès. Il s'agit d'un secteur économique presque comme les autres, répondant à la loi universelle et intemporelle de l'offre et de la demande. Un aspect spécifique amplifie cependant les excès : on y échange des pièces généralement uniques, contrairement aux barils de pétrole. Et l'achat compulsif affecte également les milliardaires !

Point d'éthique dans le prix des œuvres d'art car, fondamentalement, la morale et l'argent se repoussent comme deux pôles électriques identiques. Et si l'argent n'est pas moralement sale, où serait le problème ?

Pour les ventes de gré à gré ou aux enchères, des prix élevés ne restent qu'un transfert de valeurs, dont vendeurs et acheteurs étaient déjà propriétaires. N'oublions pas qu'un prix élevé profite également aux intermédiaires, qui s'enrichiront et payeront leurs employés. Par la suite, le prix qui restera placé par l'acheteur profitera comme toute épargne au circuit économique par le biais du marché de l'argent tenu par les banques.

Et si un record crée de la valeur, n'oublions pas qu'une vente à perte en détruit. Et dans le marché de l'art, les mauvaises affaires sont légion !

Tout ça pour rappeler à ceux qui mettent l'art sur un piédestal céruléen que l'art est un marché, qui crée de la valeur ajoutée et dont vivent quantité d'acteurs.

Sur une note moins terre à terre, le fait que l'activité artistique s'enracine dans la trivialité de la cote financière devrait, par opposition, accroître l'effet captivant que l'œuvre d'art peut avoir sur notre sensibilité d’observateur. C'est toujours ça !

Si le marché de l'art vous intéresse et que vous souhaitiez approfondir son étude, une bonne lecture peut être le livre « Art business (2) » de Judith Benhamou-Huet, chroniqueuse notamment aux Echos et au Point, dont le blog est ici :

http://blogs.lesechos.fr/judith-benhamou-huet/judith-benhamou-huet-r77.html.

Bonne lecture !

Félix Ziem - Le Palais des Doges - Musée d'Orsay / Bertha Strunz, artiste inconnue, qui restera inconnue!
Félix Ziem - Le Palais des Doges - Musée d'Orsay / Bertha Strunz, artiste inconnue, qui restera inconnue!

Félix Ziem - Le Palais des Doges - Musée d'Orsay / Bertha Strunz, artiste inconnue, qui restera inconnue!

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